// La montée du masculinisme
Le contre-féminisme
- Un article signé Manon Mackels
- Photographie d’illustration
Le masculinisme connaît aujourd’hui une montée inquiétante. Derrière un discours de victimisation masculine, il cache surtout la peur de perdre des privilèges hérités d’une suprématie mâle.
Entre rejet du féminisme et dénonciation d’une prétendue « crise de la masculinité », le masculinisme s’impose dans les débats publics et sur les réseaux sociaux. La récente campagne « Alpha Safe » du Sidaction a révélé à quel point ce mouvement influence les jeunes générations, renforçant des comportements violents et haineux.
Le masculinisme ?
Ces derniers temps, on observe une montée du masculinisme partout dans le monde. Mais qu’est-ce que c’est exactement ? « Idéologie nord-américaine, surtout présente en ligne, née en réaction au féminisme. Elle prétend lutter contre les discriminations mais diffuse en réalité des idées sexistes, complotistes et conservatrices, avec un discours misogyne et patriarcal bien construit. » d’après le Larousse.
Le masculinisme ne s’attaque pas à toutes les femmes, mais principalement à celles qui défendent leurs droits et leurs libertés. Ses partisans considèrent que le féminisme est devenu obsolète, car selon eux l’égalité serait déjà acquise. Ils expriment leur mécontentement en affirmant que les féministes auraient été trop loin, provoquant une « guerre des sexes » et une « crise de la masculinité » qui mettrait en péril les hommes dans des domaines comme l’éducation ou la famille. En réalité, ce discours traduit surtout la peur de perdre des privilèges liés à une suprématie masculine.
Des chiffres concrets
Récemment, le Sidaction a lancé sa campagne « Alpha Safe » pour la journée internationale contre le sida. Selon un sondage OpinionWay, 7 % des hommes de 16 à 34 ans consultent régulièrement des contenus masculinistes, et la moitié des 25-34 ans estime que ces contenus « disent enfin la vérité ».
Sur les réseaux sociaux, adultes et jeunes adultes sont les plus exposés : 66 % connaissent au moins un influenceur aux propos problématiques. Et d’après une étude de l’Université de Belfast, les jeunes hommes passeraient en moyenne 20 minutes par jour devant des contenus masculinistes.
Conséquences
Certains témoignages montrent que 34 % des jeunes hommes trouvent compréhensible un acte tel que retirer son préservatif en plein rapport sans prévenir leur partenaire. Comme le souligne Mélissa Boï, ces discours entraînent de multiples répercussions : renforcement de comportements violents et haineux, construction d’une posture de victimisation masculine, reproduction et adaptation de la domination masculine. Le masculinisme n’est donc pas seulement une idéologie réactionnaire : il est un vecteur de normalisation de pratiques dangereuses et de légitimation d’une suprématie masculine qui refuse de disparaître.
