// Les Baronnes refuse de trancher

Entre rires et larmes

  • Un article signé théodor ionita
  • Photographie : Cinéart

 

Les Baronnes, le film réalisé par Mokhtaria Badaoui et Nabil Ben Yadir et coécrit par Stéphane Malandrin, à la fois touchant et drôle, séduit par sa mise en scène et son rapport aux femmes invisibilisées. À voir.

En plein Molenbeek, le monde de Fatima s’écroule : elle découvre que son mari a une autre vie au Maroc. Elle qui pensait qu’il partait pour régler des affaires pour leur future maison. La tromperie la brise, mais ce n’est pas ça qui va la détruire. Elle décide de reprendre sa vie en main en réalisant un rêve qu’elle porte depuis ses 16 ans. Jouer Hamlet de Shakespeare avec ces 3 amies : Meriem, Romaissa et Inès.

Le film oscille entre scènes touchantes, voire tristes et rigolotes passant parfois de l’un à l’autre en quelques secondes. Mokhtaria Badaoui et Nabil Ben Yadir proposent un film avec des éléments fantastiques donnant un charme à l’œuvre. Même si Stéphane Malandrin, scénariste du film avoue : “Les éléments merveilleux sont venus assez tard dans l’écriture. La majorité des idées étaient venues sur le tournage. L’idée de la comète c’est le 1er élément merveilleux. Il vient d’un rêve que j’ai fait. Mais je n’osais pas lui proposer parce que je trouvais ça ridicule. Mais je lui ai proposé et il a apprécié. Ce qui a dû ouvrir une porte vers d’autres idées.” Cela donne une vraie puissance poétique au film. Plutôt que de s’enfermer dans quelque chose de très réaliste et terne ils décident de donner espoir grâce à ces femmes qui sont de base plutôt banales mais qui vont marquer leur pays.

Le rapport à l’art de Fatima se révèle extrêmement passionnant. Elle qui avait abandonné ses aspirations artistiques parce qu’elle s’était mariée. Mais lorsqu’elle découvre la deuxième vie de son mari, elle va décider de remonter en selle 48 ans plus tard. L’art devient motif d’émancipation pour reprendre sa vie en main.

Les personnages principales des Baronnes, ce des femmes du troisième âge; figures pas toujours très visibilisés au cinéma. Ici, elles occupent tout l’espace, alors que les hommes sont relégués à des rôles secondaires. Elles rigolent ensemble, se soutiennent, pleurent. Elles transpercent l’écran pour nous toucher en plein cœur. Quand elles pleurent, on pleure. Quand elles font des blagues, on rigole. On a envie de les voir réussir dans leur projet de pièce de théâtre. Ce qui rend la fin est super touchante s’appuyant sur un fusil de Tchekhov parfaitement maîtrisé qui vous fera certainement verser une larme.

Le film est extrêmement touchant et délicieusement drôle. Le souhait de voir davantage de films de Nabil Ben Yadir se fait d’autant plus fort qu’un nouveau projet est en préparation, « Un bon père », un drame autour de la paternité actuellement en recherche de financement.

Les Baronnes de Mokhtaria Badaoui et Nabil Ben Yadir.
Sorti au cinéma le 3 décembre 2025. Durée : 96 minutes. Note : 5/5